Un socle économique solide mais morcelé
En 2021, la production aquacole en France métropolitaine a atteint 194 000 tonnes, pour un chiffre d'affaires global de 811 millions d'euros. Ce secteur repose sur un tissu économique composé de 3 145 entreprises, mobilisant environ 11 000 équivalents temps plein, répartis à parts égales entre emplois permanents et saisonniers. L'aquaculture française se caractérise par la prédominance de petites structures, puisque 80 % des entreprises emploient moins de cinq personnes.
La conchyliculture en tête des filières
La conchyliculture constitue de loin la première activité du secteur aquacole, avec 70 % du chiffre d'affaires total. Les huîtres dominent nettement, générant 404 millions d'euros pour plus de 80 000 tonnes produites. Les moules occupent la seconde place avec 150 millions d'euros pour 66 000 tonnes. Du côté de la pisciculture, la truite tire son épingle du jeu avec 142 millions d'euros de chiffre d'affaires. La production de caviar, bien que très marginale en volume, se distingue par sa forte valeur ajoutée : elle représente à elle seule 26 millions d'euros grâce à un prix de vente moyen supérieur à 500 euros le kilo.
Une position de leader en Europe
La France conserve une place de premier plan à l'échelle européenne. Elle est le premier pays producteur en valeur, devant l'Espagne et la Grèce. Elle domine aussi la production d'huîtres, de truites et de spiruline. En revanche, elle arrive en deuxième position pour les moules et le caviar. Ces bons résultats masquent toutefois certaines faiblesses : en matière de poissons marins, la France n'occupe que la neuvième place en volume, malgré un littoral étendu. Pour la pisciculture en étang, elle se situe au septième rang européen, loin derrière la Pologne, la Tchéquie ou la Hongrie.
Une géographie de production contrastée
Les grandes zones de production sont bien identifiées. Les huîtres sont principalement cultivées dans les bassins de Marennes-Oléron, d'Arcachon, de Bretagne et dans les étangs méditerranéens de Thau et Diana. Les moules sont majoritairement élevées en Normandie, Bretagne et Charente-Maritime, sur bouchots ou cordes selon les conditions marines. Les truites sont produites dans des bassins d'eau douce, notamment en Aquitaine, Bretagne et Picardie, dans des installations en raceways alimentées par des rivières. Les poissons d'étang sont élevés dans la Dombes et la Brenne, deux territoires historiques de la pisciculture continentale. Quant à la spiruline, elle se développe désormais sur tout le territoire, particulièrement dans l'Ouest.
Une filière vieillissante face à un enjeu de transmission
L'un des principaux défis de l'aquaculture française concerne le renouvellement de ses dirigeants. Plus de la moitié des exploitants ont aujourd'hui plus de 55 ans. Dans les dix années à venir, un renouvellement générationnel massif sera nécessaire pour assurer la continuité des activités, notamment dans la conchyliculture, fortement dépendante du savoir-faire local.
Une consommation dynamique, mais peu profitable au local
Les Français consomment en moyenne plus de 10 kg par an de coquillages et crustacés depuis vingt ans. La consommation de poissons a augmenté depuis 2015, portée par le saumon et le thon. Toutefois, cette hausse ne bénéficie pas à la production nationale, car ces produits sont très majoritairement importés. Le déficit commercial du secteur aquacole s'est donc creusé, même si les exportations françaises ont progressé après 2020.
Une modernisation nécessaire pour gagner en compétitivité
Pour répondre à ces défis, plusieurs pistes émergent. Le développement de nouveaux produits à base d'algues ou de spiruline, la promotion des circuits courts, l'aquaponie et la recherche sur des espèces plus résilientes font partie des leviers explorés. Mais ces évolutions supposent de renforcer la structuration de la filière, d'améliorer la formation et de mieux intégrer les impératifs environnementaux.
Un secteur stratégique à conforter
L'aquaculture française reste une force dans le paysage européen grâce à ses atouts historiques et son savoir-faire reconnu. Mais elle devra conjuguer innovation, attractivité et durabilité pour s'imposer durablement dans un contexte de mondialisation croissante de la production et de la consommation. La décennie à venir sera décisive pour son repositionnement économique et écologique.