Chavirage du fileyeur Rose des Vents : les causes identifiées, quatre enseignements pour la sécurité

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Le 20 janvier 2025, le fileyeur Rose des Vents a chaviré au large d'Oléron, causant la mort d'un marin de 22 ans. Le rapport d'enquête du BEAmer publié en décembre 2025 met en évidence une série de facteurs techniques, humains et matériels à l'origine de l'accident. Retour sur les faits, l'analyse et les enseignements à tirer pour la filière de la petite pêche artisanale.

Ce qui devait être une marée ordinaire s'est terminé en drame. Dans la nuit du 19 au 20 janvier 2025, au large de Saint-Denis-d'Oléron, le fileyeur Rose des Vents a chaviré suite à une vague arrière, emportant la vie du matelot embarqué depuis moins de deux mois. Le rapport d'enquête du BEAmer (Bureau d'enquêtes sur les événements de mer) revient en détail sur les circonstances de l'accident. Il pointe plusieurs causes conjuguées et propose quatre recommandations de sécurité pour prévenir de nouveaux sinistres similaires.

Un chavirement rapide au terme d'une action de pêche

Armé en petite pêche, le Rose des Vents était un navire polyester de 9,25 mètres, propulsé par deux moteurs hors-bord Suzuki de 250 chevaux. En service depuis 2021 sous un autre nom (Gure Esperantza II), il avait été racheté en 2024 par un jeune patron armateur de 26 ans. Le navire travaillait régulièrement dans cette zone de pêche, à 1,5 mille des côtes.

Vers 2h30 du matin, alors que le matelot terminait la mise à l'eau d'un filet et que le patron enregistrait la position sur l'électronique de bord, une vague arrière fait partir le bateau en surf. Le patron tente une manœuvre de correction : barre à droite et moteurs à plein régime (au-delà de 6000 tr/min). Trop tard. Le navire prend la houle par le travers, gîte fortement, puis chavire.

Un poids mobile mal arrimé comme facteur aggravant

L'analyse du BEAmer met en lumière un élément déterminant : le déplacement d'un conteneur de filet plein non saisi. Pesant environ 70 kg, ce bac a glissé de bâbord vers tribord au moment de la gîte, provoquant un transfert brutal de charge qui a accentué l'instabilité jusqu'au renversement complet du navire. Ce type de bac, en plastique rigide, était simplement posé sur le pont, sans moyen de saisissage.

Les réservoirs d'essence à demi remplis n'ont pas contribué au déséquilibre, et la stabilité initiale du bateau répondait aux critères réglementaires pour les navires de moins de 12 mètres (division 227).

Moyens de sauvetage libérés trop tard

Le matelot et le patron ont d'abord réussi à se hisser sur la coque retournée, dérivant lentement vers la côte. Après une heure et demie d'attente, les premières déferlantes frappent l'épave. Les deux marins sont emportés. Le patron, blessé mais conscient, rejoint le rivage à la nage.

Le matelot, dont le gilet à flottabilité intégrée (VFI) était porté par-dessus un blouson gorgé d'eau, aurait retiré son gilet pour se débarrasser du vêtement, rendant la nage encore plus difficile. Il sera retrouvé mort par noyade six heures plus tard.

À noter que ni la balise de détresse ni le radeau de survie ne se sont déclenchés lors du chavirement. Ils ne seront libérés que lorsque l'épave heurtera les hauts-fonds, deux heures plus tard.

Moteurs non bridés, mais pas en cause directe

Le rapport souligne que les moteurs Suzuki de 250 chevaux, récemment installés, n'étaient pas encore bridés à 99 kW au moment de l'accident, car la visite technique prévue à 20 heures de fonctionnement ne s'était pas encore tenue. Au moment critique, les moteurs délivraient donc leur pleine puissance. L'analyse des données moteurs confirme le régime élevé et instantané déclenché par le patron, sans défaut technique détecté.

Recommandations du BEAmer : quatre enseignements majeurs

Le BEAmer tire quatre enseignements essentiels de ce naufrage, applicables à toute la flotte de petite pêche artisanale :

  1. Radeaux et balises hydrostatiques : leur déclenchement automatique n'est pas garanti en cas de chavirement partiel. Il est recommandé de réduire leur seuil de déclenchement ou d'intégrer des moyens manuels accessibles en urgence.
  2. Équipement individuel de localisation : des balises personnelles (PLB) portées par chaque marin permettraient un déclenchement immédiat de l'alerte, indépendamment de la situation du navire.
  3. Arrimage obligatoire des bacs et conteneurs : tout élément mobile sur le pont doit être arrimé ou saisi en mer, quelle que soit sa masse.
  4. Vigilance accrue aux vagues arrières : la surveillance des mouvements du navire doit rester prioritaire en fin de manœuvre, y compris lors d'un pointage sur la carte.

Une tragédie évitable, un appel à la rigueur

Ce rapport vient allonger la liste déjà trop fournie des chavirements en pêche côtière, où le facteur humain se conjugue souvent à une météo modérée mais mal anticipée, à des équipements mal positionnés ou à des procédures incomplètes.

Comme le rappelle l'un des enquêteurs du BEAmer :
"La sécurité en mer repose aussi sur les détails. Une caisse mal arrimée, une balise inaccessible, un gilet retiré pour se dégager... ce sont ces gestes qui font parfois basculer le destin."

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