Chute à la mer au large des Triagoz : le BEAmer met en cause l'ergonomie du pont de l'AR MILINO

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Un an après la chute mortelle d'un marin sur le fileyeur AR MILINO, le BEAmer livre ses conclusions. Le rapport souligne plusieurs lacunes structurelles dans l'ergonomie du pont et l'organisation du travail. Deux recommandations concrètes visent à réduire les risques d'accident à la mise à l'eau des filets.

Un accident survenu en pleine opération de pêche au filet

Dans la nuit du 13 au 14 mai 2024, au large des Triagoz (Côtes-d'Armor), le fileyeur AR MILINO procédait à la mise à l'eau d'un second train de filets. Seul sur le pont arrière, le matelot a été emporté par le filet en train de se dévider. Malgré l'intervention rapide du patron, le marin est tombé à la mer. Son corps ne sera jamais retrouvé, malgré une opération de recherche d'envergure coordonnée par le CROSS Corsen.

Un navire polyvalent mais mal adapté au fileyage

Construit en 2006 comme chalutier-coquillier, l'AR MILINO a été converti de manière ponctuelle en fileyeur, en alternance avec la pêche à la coquille. Le BEAmer souligne que cette polyvalence s'est faite au détriment de l'ergonomie et de la sécurité à bord. L'espace arrière, utilisé comme zone de stockage pour les sacs de filets (big bags), oblige les marins à marcher sur ces derniers, dans un espace étroit et encombré.

Le rapport pointe notamment l'absence d'équipement spécialisé comme un parc à filets, dispositif habituel sur les fileyeurs modernes. Ce manque rend l'intervention humaine indispensable à chaque étape de la mise à l'eau, multipliant les risques de chute ou d'accrochage.

Une supervision rendue impossible depuis la passerelle

Autre élément déterminant mis en lumière : l'architecture du navire ne permettait pas au patron, positionné en passerelle, de surveiller efficacement le matelot. La visibilité sur le pont arrière était partielle, obligeant à de fréquents allers-retours entre la console de commande et le pont de travail, sans solution de contrôle à distance (caméra ou miroir). Cette impossibilité de supervision continue est identifiée comme un facteur contributif à l'accident.

Le port du VFI en question, mais non déterminant

Initialement, le patron du navire indiquait que la victime portait un vêtement à flottabilité intégrée (VFI), avant de retrouver celui-ci à bord après l'accident. Faute de preuve, le BEAmer ne peut trancher sur ce point, mais considère que l'absence de VFI n'est pas en soi la cause directe du drame, d'autant plus que le matelot n'était pas un bon nageur. L'accent est plutôt mis sur les conditions de travail et la configuration du pont.

Deux enseignements clés pour la sécurité en pêche côtière

Le rapport insiste sur deux éléments de prévention essentiels :

  • L'impact du stress psychologique sur un marin isolé après un accident grave ;
  • La capacité des filets à s'accrocher à toute aspérité, ce qui impose des surfaces lisses et un tri rigoureux de l'équipement porté (pas de bagues, montres, etc.).
  • Recommandations du BEAmer : réduire les interventions humaines
  • Deux recommandations principales sont formulées par le BEAmer à l'attention de l'armateur :
  • Revoir l'ergonomie et les procédures pour limiter les interventions manuelles lors de la mise à l'eau ;
  • Installer un dispositif de supervision permanente depuis la passerelle (caméras, miroir ou tout autre système).

Ces mesures visent à renforcer la sécurité à bord de petits fileyeurs opérant en équipage réduit, dans des conditions où chaque intervention non anticipée peut devenir critique.

Une mobilisation saluée, mais des devoirs rappelés

Le rapport revient également sur le déroulement de l'opération de recherche. Si de nombreux moyens ont été mobilisés (vedettes SNSM, hélicoptères, navires de pêche), deux bateaux présents dans la zone n'ont pas répondu à l'appel de solidarité. Le BEAmer rappelle que l'assistance à personne en danger constitue à la fois une obligation légale et une règle fondamentale de la communauté maritime.