Échouement du chalutier Jema à Cancale, fatigue et veille en question

Le Jema
Le Jema © BeaMer

Le 17 avril 2025, le chalutier Jema s'échoue à Cancale après une dérive silencieuse. L'enquête du BEAmer met en lumière plusieurs facteurs humains et techniques. Et derrière cet incident, des questions concrètes pour la navigation côtière.

L'échouement du chalutier Jema en baie de Cancale révèle des mécanismes bien connus des marins, mais encore trop fréquents dans la petite pêche.

Une veille défaillante malgré un équipement complet

Le Jema dispose d'une électronique classique pour un navire de 10,60 m, compas GPS, cartographie électronique, radar. Pourtant, aucun de ces outils n'a été exploité pour sécuriser la route.

Le quart est confié à un matelot expérimenté, titulaire du capitaine 200 pêche. La navigation se fait sous pilote automatique, sans traçage préalable ni surveillance active de la route. Aucun cercle de garde ni alarme de dérive n'est paramétré.

Pour les plaisanciers comme pour les professionnels, ce point est central. L'électronique embarquée n'a de valeur que si elle est utilisée. Sans alerte ni contrôle, une route rectiligne devient un piège, surtout en zone côtière à hauts-fonds comme la pointe du Grouin.

L'endormissement à la passerelle, un scénario classique

Le matelot de quart s'endort environ trente à quarante-cinq minutes avant l'échouement. Le navire poursuit sa route sans correction jusqu'à l'estran de l'île des Landes. Les conditions étaient pourtant favorables, mer belle, vent faible, visibilité correcte. Et c'est justement ce contexte qui favorise la baisse de vigilance.

Ce cas rappelle une réalité simple en navigation, le danger ne vient pas toujours du mauvais temps. Une mer plate et un pilote automatique actif peuvent créer une monotonie propice à l'endormissement.

La fatigue latente, un facteur sous-estimé à la petite pêche

Le rapport pointe une fatigue accumulée malgré des temps de repos conformes en apparence. Les cycles de travail du Jema s'étalent sur environ trente heures avec des phases de repos fragmentées, parfois limitées à deux fois 1h30 par nuit.

À cela s'ajoutent les contraintes logistiques, trajets domicile port, manipulation des engins, changements de métier entre drague et chalut. Pour un plaisancier, ce rythme peut sembler éloigné. Pourtant, la logique reste identique lors de longues navigations ou convoyages, la fatigue ne se mesure pas uniquement en heures de sommeil, mais en qualité et en régularité.

Une navigation non préparée, point critique en zone côtière

L'absence de planification est identifiée comme facteur déterminant. Aucun tracé de route n'est établi avant le départ, aucun suivi d'écart n'est effectué. Le Jema traverse pourtant une zone connue pour ses courants complexes, notamment autour de la pointe du Grouin, avec des flux pouvant atteindre 1 à 2 nœuds et des effets tournants.

Sans anticipation, le navire passe sur un haut-fond puis dérive légèrement avant de s'échouer. Ce type de configuration est typique des côtes à marnage marqué. Pour les navigateurs, la leçon est directe. Même sur un parcours connu, la préparation de route reste indispensable, surtout à proximité des cailloux.

Des moyens de sécurité absents mais non obligatoires

Le navire n'est pas équipé d'un système d'alarme de vigilance de quart. Ce dispositif, courant sur les unités plus importantes, n'est pas requis en petite pêche.

Le BEAmer souligne pourtant son intérêt. Une alarme de présence ou un système homme mort aurait pu interrompre la dérive en réveillant le veilleur. Sur les unités de plaisance, ce type d'équipement existe aussi, sous forme d'alarmes GPS ou de montres connectées. Leur usage reste encore marginal.

Une voie d'eau aggravant les conséquences de l'échouement

Après l'échouement, une voie d'eau se déclare dans le poste avant. Les moyens d'épuisement du bord ne suffisent pas à contenir l'entrée d'eau. Le navire est finalement déséchoué puis assisté par plusieurs unités, qui mettent en œuvre quatre motopompes pour stabiliser la situation avant remorquage. Cet épisode rappelle que l'échouement, même à faible vitesse, peut rapidement évoluer vers un incident plus grave, notamment sur des coques en plastique anciennes.

Ce que les navigateurs doivent retenir

L'accident du Jema illustre une combinaison classique, fatigue, routine, absence de veille active. Et sur l'eau, ces trois facteurs ne laissent que peu de marge. Une route mal surveillée, quelques minutes d'inattention, et le navire se retrouve au sec.

Les recommandations du BEAmer restent simples, mais concrètes. Maintenir une veille effective, utiliser les aides électroniques, et intégrer la gestion de la fatigue dans l'organisation de la navigation. Des principes connus, mais qui méritent d'être rappelés, surtout quand la mer est calme.

Plus d'articles sur le thème