Ivresse manifeste en mer : ce que change le nouveau décret pour les plaisanciers

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Publié au Journal officiel du 4 juin 2026, le décret n° 2026-434 renforce l'arsenal répressif contre certains comportements jugés dangereux en navigation de plaisance à moteur. Le texte vise notamment l'état d'ivresse manifeste et le défaut de maîtrise du navire. Particularité importante : aucune mesure d'alcoolémie n'est nécessaire pour constater l'infraction.

Depuis le 5 juin 2026, les conducteurs de bateaux de plaisance à moteur doivent intégrer une nouvelle disposition réglementaire dans leur préparation de navigation. Le décret n° 2026-434 du 2 juin 2026 crée plusieurs contraventions spécifiques liées à l'ivresse manifeste et au défaut de maîtrise d'un navire de plaisance à moteur. Au-delà des sanctions prévues, c'est surtout la définition de l'état d'ivresse manifeste qui mérite l'attention des plaisanciers.

Une infraction qui ne repose pas sur un contrôle d'alcoolémie

La principale particularité du nouveau texte réside dans la notion d' "ivresse manifeste".

Contrairement aux infractions fondées sur un taux d'alcool mesuré dans l'air expiré ou dans le sang, l'ivresse manifeste repose uniquement sur des constatations visuelles effectuées par les agents habilités.

Aucun éthylotest, éthylomètre ou prélèvement sanguin n'est nécessaire pour établir cette situation.

L'agent verbalisateur constate directement des signes extérieurs laissant apparaître une altération importante du comportement du conducteur.

Dans la pratique, plusieurs éléments sont traditionnellement retenus pour caractériser un état d'ivresse manifeste :

  • haleine fortement alcoolisée ;
  • propos incohérents ou confus ;
  • difficultés d'élocution ;
  • bégaiements inhabituels ;
  • agressivité ou comportement excessivement euphorique ;
  • somnolence anormale ;
  • troubles de l'équilibre ;
  • démarche hésitante ou titubante ;
  • difficultés à réaliser des gestes simples.

Ces observations sont consignées dans un procès-verbal ou dans une fiche descriptive du comportement observé. Pour les plaisanciers, cette disposition constitue une différence majeure avec les contrôles routiers habituellement associés à un seuil légal d'alcoolémie.

Une nouvelle contravention pour les conducteurs en état d'ivresse manifeste

Le décret introduit un nouvel article R. 5242-1 au sein du code des transports. Dans les zones maritimes concernées, la conduite d'un navire de plaisance à moteur en état d'ivresse manifeste devient une contravention de quatrième classe.

Cette qualification permet aux autorités de sanctionner des comportements présentant un risque pour la sécurité de la navigation même lorsqu'aucune mesure scientifique d'alcoolémie n'est disponible ou réalisée. Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de renforcer la sécurité maritime face aux comportements dangereux observés sur certaines zones de navigation très fréquentées.

Suspension du permis et confiscation du bateau

Le décret ne se limite pas à l'amende. Les agents judiciaires disposent désormais de plusieurs outils complémentaires. Le juge peut notamment prononcer une suspension du permis plaisance pour une durée pouvant atteindre un an.

Le texte prévoit également la possibilité de confiscation du navire utilisé pour commettre l'infraction lorsque cette mesure est jugée appropriée. Cette disposition constitue probablement l'aspect le plus dissuasif du décret pour les propriétaires de bateaux. La confiscation reste toutefois une peine complémentaire laissée à l'appréciation de l'autorité judiciaire.

La vitesse excessive devient également une cible prioritaire

Le décret vise aussi les comportements liés au défaut de maîtrise d'un navire. Un nouvel article R. 5242-2 sanctionne le fait de ne pas conserver la maîtrise de sa vitesse ou de son navire dans certaines situations.

Trois cas sont particulièrement visés :

  • lors du croisement ou du dépassement d'autres navires ;
  • lorsque les conditions météorologiques réduisent la visibilité, notamment en présence de pluie ou de brouillard ;
  • à proximité des baigneurs, plongeurs ou obstacles physiques.

Le texte impose ainsi une adaptation permanente de la vitesse aux conditions réelles de navigation.

Cette obligation existe déjà dans les règles maritimes internationales, mais elle dispose désormais d'un fondement répressif plus explicite pour les navires de plaisance à moteur.

Une notion juridique qui suscite déjà des interrogations

Si l'objectif de sécurité est clairement affiché, la notion d'ivresse manifeste soulève plusieurs questions pratiques. La caractérisation repose en effet largement sur l'appréciation de l'agent verbalisateur.

Certains signes extérieurs peuvent parfois présenter des causes différentes de la consommation d'alcool : fatigue, mal de mer, prise de médicaments ou état de stress.

Le procès-verbal devra donc décrire avec précision les éléments observés afin de permettre au juge d'apprécier la réalité de la situation. Pour les plaisanciers, cette évolution réglementaire rappelle surtout qu'en mer comme sur la route, la consommation d'alcool avant ou pendant la conduite d'un navire expose désormais à des conséquences plus lourdes.

Avec ce décret entré en vigueur le 5 juin 2026, les autorités disposent désormais d'un cadre juridique spécifique pour sanctionner les comportements jugés dangereux à bord des bateaux de plaisance à moteur, même en l'absence d'une mesure d'alcoolémie. C'est précisément ce point qui constitue la principale nouveauté du texte et qui devrait attirer l'attention des navigateurs durant la saison estivale 2026.

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