Accidents à la tête en mer : mieux comprendre les risques pour mieux les prévenir

© Maxime Leriche

Entre 2012 et 2018, quatre marins professionnels ont perdu la vie en France à la suite d'un traumatisme crânien à bord. Trois étaient marins-pêcheurs. Derrière ces chiffres se cachent des réalités de terrain bien identifiées : chute d'objets en hauteur, heurts dans des espaces confinés, ou encore manoeuvres mal sécurisées. Pour limiter ces accidents, la prévention passe par une triple approche : identification des risques, mise en oeuvre de protections collectives, et dotation d'équipements de protection individuelle (EPI) adaptés.

Un risque présent dans tous les secteurs maritimes

En moyenne, les accidents à la tête représentent environ cinq pour cent des accidents du travail déclarés chaque année dans le secteur maritime. Dans près de la moitié des cas, ces incidents provoquent des plaies ouvertes. Ces blessures ne sont pas toujours graves, mais leur localisation rend chaque situation potentiellement dangereuse. Dans les pêches maritimes, trois décès liés à des traumatismes crâniens ont été recensés. Le secteur des cultures marines a également été touché par un décès sur la même période. La marine de commerce n'est pas épargnée non plus, avec des taux de blessure similaires.

Identifier les situations à risque à bord

La première étape d'une démarche de prévention efficace consiste à identifier toutes les situations pouvant exposer un marin à un traumatisme crânien. Les chutes d'objets sont fréquentes lors des opérations de levage, du fait d'une rupture de gréement, d'un arrimage défectueux ou d'une mauvaise manutention. Les déplacements à bord peuvent aussi provoquer des chocs involontaires contre des structures fixes, surtout dans les zones à faible hauteur ou mal éclairées. D'autres accidents surviennent lorsque le marin est percuté ou coincé par un engin en mouvement, que ce soit un chalut, une drague, une charge suspendue ou une caisse en translation.

Évaluer le niveau de risque et consigner les résultats

Une fois les situations à risque identifiées, il est essentiel d'en évaluer la gravité et la probabilité. Cette évaluation doit être consignée dans le Document Unique du navire, qui centralise les analyses de risques professionnels. Ce document permet de hiérarchiser les dangers identifiés et de définir un plan d'action. Il devient alors un véritable outil opérationnel au service de la sécurité de l'équipage.

Agir par des mesures de prévention collective

La réduction des risques passe d'abord par des mesures collectives, qu'elles soient techniques ou organisationnelles. Lors des opérations de levage, il est essentiel que les engins soient régulièrement vérifiés et que les marins impliqués soient formés à leur utilisation. Une communication claire entre les opérateurs, souvent via un code gestuel standardisé, contribue aussi à la sécurité des manœuvres. Pour les engins de pêche, il convient de limiter les mouvements incontrôlés, d'adapter les conditions de levée à la situation de mer, et de garantir une visibilité suffisante pour les treuillistes. Dans les zones de déplacement exiguës, le marquage des obstacles et la pose de protections peuvent limiter les chocs.

L'équipement individuel comme ultime rempart

Lorsque les mesures collectives ne permettent pas de supprimer entièrement le risque, le recours à des équipements de protection individuelle devient nécessaire. Il n'existe pas de casque universel adapté à toutes les situations rencontrées à bord. Le choix de l'équipement dépend donc de la nature du risque identifié. Certains casques sont conçus pour protéger le sommet du crâne contre les chutes d'objets. D'autres modèles, plus enveloppants, protègent aussi les côtés et l'arrière du crâne et sont mieux adaptés aux chocs latéraux. Dans certains cas, des casques initialement conçus pour le sport, comme ceux utilisés en eaux vives ou en ski, offrent une protection suffisante et sont autorisés, dès lors qu'ils respectent les normes européennes.

Quand une casquette suffit

Dans les environnements où le seul danger identifié est celui du heurt contre une structure fixe, l'usage d'une casquette anti-heurt peut être envisagé. Ce type d'équipement est léger, confortable, et offre une protection adaptée pour les tâches qui se déroulent dans des espaces restreints, sans exposition à des charges en mouvement ou à des chutes d'objets. Il ne remplace pas un casque dans des situations plus complexes, mais peut être un bon compromis en zone à risque modéré.

Adapter la prévention aux réalités du bord

La protection de la tête en milieu maritime ne peut se réduire à une solution unique. Chaque situation de travail exige une approche spécifique, adaptée au type de navire, à la tâche effectuée et à la configuration des lieux. C'est en analysant finement les risques, en agissant d'abord collectivement, puis en adaptant les équipements à chaque poste, que les armateurs, les chefs de bord et les référents sécurité pourront améliorer concrètement les conditions de travail à bord. La prévention des traumatismes crâniens n'est pas une formalité, mais une exigence opérationnelle au service de la vie des marins.

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