Pisciculture, crevetticulture, algoculture : panorama des élevages aquacoles français

© Maxime Leriche

En France, l'aquaculture ne se résume pas aux bassins à truites. Bar, crevettes et laminaires y sont aussi élevés. Techniques, espèces et usages varient selon les littoraux et les territoires.

L'aquaculture française s'appuie sur une diversité de pratiques qui dépendent autant des espèces élevées que des zones géographiques et des techniques mises en œuvre. Entre cages flottantes, bassins à terre et marais aménagés, la filière reste peu visible du grand public. Pourtant, elle se développe, en particulier dans les DOM et sur certaines façades maritimes, avec des usages qui dépassent le seul marché alimentaire.

Pisciculture marine : entre cages en mer et bassins à terre

L'élevage des poissons marins reste la forme la plus répandue d'aquaculture marine en France. On y retrouve principalement le bar, la daurade royale, le saumon atlantique et l'ombrine tropicale. Deux modes d'élevage cohabitent.

En mer, les cages flottantes sont ancrées à proximité des côtes, souvent dans des zones à courants modérés. Leur mise en œuvre impose une autorisation d'occupation du domaine public maritime, ainsi que des suivis environnementaux rigoureux. Le poisson est élevé en grande densité, dans des filets immergés, jusqu'à atteindre un poids commercialisable.

À terre, l'élevage en bassins peut fonctionner en circuit ouvert (avec de l'eau pompée et rejetée après usage), ou en circuit fermé, dit "recyclé", avec filtration et contrôle des paramètres de l'eau. Ce dernier système limite les impacts sur l'environnement mais implique des investissements techniques plus importants, notamment en énergie, traitement et surveillance.

La localisation de ces structures se fait souvent en lien avec les anciens marais salants, ou des friches industrielles reconverties, lorsque les conditions d'accès à l'eau de mer le permettent.

Crevetticulture : un modèle encore discret, mais en progression

L'élevage de crevettes reste marginal en métropole. Deux espèces y sont principalement concernées : la crevette impériale (Penaeus japonicus), souvent élevée dans les marais côtiers de l'Ouest (Charente-Maritime notamment), et la crevette à pattes blanches (Litopenaeus vannamei), élevée en circuit fermé.

La crevetticulture en circuit fermé utilise des bassins à terre, généralement couverts, avec un contrôle strict de l'eau, de la température et de la qualité sanitaire. Ces unités ont l'avantage de pouvoir s'implanter hors du littoral, en zone périurbaine ou agricole, mais avec une forte dépendance à l'énergie pour maintenir les conditions tropicales nécessaires.

En outre-mer, notamment à La Réunion ou en Nouvelle-Calédonie, cette activité est en développement plus marqué, avec des volumes bien supérieurs, portés par des débouchés locaux et à l'export.

Algoculture : culture des macroalgues pour l'alimentation et l'environnement

Longtemps cantonnée à la récolte sauvage, la production d'algues connaît un développement structuré en France, avec des cultures marines installées principalement en Bretagne et en Atlantique Nord.

Les espèces visées varient selon les zones : laminaires (algues brunes) pour la consommation humaine ou l'extraction de phycocolloïdes, ulves (algues vertes) pour l'alimentation animale ou la cosmétique, gracilaires (algues rouges) pour la santé ou les biomatériaux.

Ces algues peuvent être cultivées sur filières immergées, ancrées en pleine mer, ou en bassins à terre. Dans certains cas, elles sont intégrées à des systèmes d'aquaculture multitrophique intégrée (AMTI), où elles jouent un rôle de biofiltre en absorbant les nutriments excédentaires produits par d'autres élevages (poissons ou coquillages). Ce rôle épurateur, parfois appelé phytoremédiation, suscite un intérêt croissant pour la dépollution douce des effluents aquacoles.

À qui s'adresse l'aquaculture française ?

Les débouchés de l'aquaculture en France ne se limitent pas à la consommation alimentaire. Outre les marchés classiques des poissonneries, la restauration collective ou les circuits courts, certaines productions visent l'industrie cosmétique, la recherche pharmaceutique, ou encore l'environnement (par exemple les algues utilisées en traitement des eaux).

Les élevages peuvent être exploités par des coopératives, des entreprises individuelles ou des groupes industriels. Ils impliquent une série de métiers spécialisés : aquaculteur, biologiste, technicien de maintenance, vétérinaire aquacole, etc.

Mais la filière reste confrontée à des enjeux forts : acceptabilité locale, régulation environnementale, prédation naturelle (cormorans, phoques), coûts énergétiques, complexité administrative, et manque de visibilité auprès du grand public et des décideurs.

Une réglementation exigeante, un encadrement institutionnel partagé

Les élevages aquacoles en mer doivent obtenir une Autorisation d'Occupation Temporaire (AOT) du Domaine Public Maritime. Leur impact sur les écosystèmes est encadré par les directives européennes, les schémas régionaux des structures aquacoles (SAR) et les documents stratégiques de façade (DSF). La Direction des affaires maritimes, les préfectures maritimes et l'OFB font partie des acteurs impliqués dans l'instruction des dossiers.

Au niveau professionnel, le CNPMEM (Comité national des pêches maritimes et des élevages marins) travaille avec plusieurs organisations sectorielles pour coordonner les positions françaises à l'échelle européenne, notamment dans le cadre de la Politique Commune de la Pêche (PCP) et des stratégies aquacoles nationales.