Voie d'eau fatale pour le chalutier Ablette, retour sur l'enquête du BEA mer

© Bea Mer

Le Bureau d'enquêtes sur les événements de mer a publié en mars 2026 son rapport sur le naufrage du navire de pêche Ablette. Le bâtiment a sombré le 13 mai 2025 dans le golfe de Gascogne. L'enquête met en évidence une collision probable avec un objet flottant et une voie d'eau impossible à maîtriser.

Dans le cas de l'Ablette, l'analyse du Bureau d'enquêtes sur les événements de mer identifie une succession de facteurs techniques et opérationnels qui ont conduit à la perte du bâtiment. Le navire a coulé après avoir subi une brèche dans sa coque alors qu'il faisait route vers un chantier naval espagnol.

Un navire de pêche en transit vers un chantier naval espagnol

L'Ablette est un navire de pêche de 24,90 mètres construit en 1987, doté d'une coque en acier et d'une propulsion de 478 kW. Habituellement exploité pour la pêche au large à la senne danoise, il quittait le port des Sables d'Olonne le 12 mai 2025 pour rejoindre un chantier naval à O Freixo, en Galice.

Le bateau devait y subir plusieurs travaux de structure sur le tableau arrière. Un relevé des épaisseurs de tôles avait en effet mis en évidence des faiblesses dans cette zone de la coque.

Pour ce convoyage, seuls deux hommes étaient à bord. L'armateur assurait la fonction de capitaine et naviguait avec un second. Aucun des deux marins ne disposait d'une aptitude médicale à jour, et le permis d'armement du navire n'avait pas été modifié pour ce transit, alors qu'un équipage de quatre personnes aurait été requis.

Un choc brutal ressenti en pleine navigation

Dans la matinée du 13 mai 2025, alors que le navire progresse à environ 10 nœuds dans le golfe de Gascogne, un choc est ressenti vers 9h10. L'impact se produit à la position 45°26'18 N et 004°21'40 O.

Les deux marins inspectent immédiatement le plan d'eau sans repérer d'objet flottant. Quelques minutes plus tard, l'alarme d'envahissement du compartiment machine se déclenche.

Le capitaine découvre alors une brèche d'environ 10 centimètres dans le bordé tribord, au niveau du couple 15. L'ouverture se situe environ 80 centimètres au-dessus du plafond du ballast et laisse entrer un jet d'eau puissant orienté vers l'arrière.

Une voie d'eau supérieure aux capacités des pompes

Face à cette situation, le capitaine met immédiatement en route les deux pompes d'assèchement du navire. Leur capacité cumulée atteint environ 60 m³ par heure.

Selon les calculs réalisés dans l'enquête du BEA mer, le débit de la voie d'eau est estimé à environ 69 m³ par heure. La quantité d'eau entrant dans le compartiment machine dépasse donc les capacités d'épuisement disponibles à bord.

L'eau continue de monter dans la salle des machines, tandis que le navire prend progressivement de la gîte. Devant l'impossibilité de contrôler l'envahissement, le capitaine décide de préparer l'abandon.

Les deux marins déclenchent les appels de détresse en BLU et sur VHF, puis embarquent dans le radeau de survie vers 10h30 après avoir revêtu leurs combinaisons d'immersion.

Une collision probable avec un objet flottant

L'enquête du BEA mer retient comme hypothèse la plus probable une collision avec un objet flottant non identifié. Les caractéristiques de la brèche observée correspondent à un poinçonnement de la coque.

Une étude menée lors d'un précédent accident maritime avait déjà montré qu'un conteneur semi immergé pouvait provoquer ce type de dommage lorsqu'un navire le heurte à environ 10 nœuds.

Dans le cas de l'Ablette, aucun objet n'a été observé avant ou après le choc. Le BEA mer considère néanmoins qu'un conteneur dérivant constitue l'explication la plus vraisemblable.

Un envahissement aggravé par l'ouverture de la cale à poissons

L'analyse montre également que le panneau d'écoutille de la cale à poissons n'était pas verrouillé avant le départ du navire.

Lorsque la gîte dépasse environ 20°, ce panneau a probablement basculé, permettant à l'eau d'envahir le pont principal puis la cale à poissons. Cet envahissement supplémentaire aurait accéléré la perte de stabilité du bâtiment. Selon le BEA mer, l'envahissement du compartiment machine puis de la cale à poissons constitue la séquence déterminante ayant conduit au naufrage.

À l'issue de son analyse, le BEA mer rappelle l'importance de vérifier la fermeture et le verrouillage des dispositifs d'étanchéité avant l'appareillage. Ces éléments sont essentiels pour isoler les compartiments et préserver la flottabilité d'un navire en cas de voie d'eau. Dans le cas de l'Ablette, l'absence de verrouillage de la cale à poissons a probablement contribué à accélérer la perte du bâtiment.

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